Pourquoi les opprimées devraient-elles aimer leurs oppresseurs ?

6 Sep

Traduction française d’un article de Suzanne Moore paru dans le New Statesman le 5 septembre 2016.

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Image issue de l’article original. Source : Getty.

 

« Suzanne Moore : Pourquoi je me suis trompée sur les hommes

Vous ne pouvez pas tous les haïr, n’est-ce pas ? En fait, je peux.

Les hommes. Vous ne pouvez pas vivre avec eux. Vous ne pouvez pas tirer sur eux. Eh bien, vous pouvez, mais c’est le New Statesman. Et le féminisme moderne passe la majeure partie de sa vie non seulement à se pencher en arrière, mais en plus en position de levrette, en disant combien il aime les hommes. « Je suis une féministe, mais … j’aime les hommes. » Evidemment, je suis un peu binaire ici, et quand j’écris « hommes », je veux dire les femmes, les gars, quelqu’un d’assez fluide essentiellement pour être responsable.

J’ai adhéré à cela autrefois. Je ne voulais contrarier personne. J’avais l’habitude d’appeler le féminisme « politique sexuelle », parce que cela sonnait de façon plus sexy. Hé, je ne suis pas misandre – bien au contraire. Regardez-moi. Les hommes ? Vous ne pouvez pas en avoir assez d’eux, les pauvres, créatures lésées. Ce n’est pas de leur faute. Ils sont aussi perturbés par le patriarcat que les femmes ordinaires, probablement même plus.

Tous les garçons spéciaux. Qu’en est-il de ceux qui ont été maltraités à l’école et qui maintenant dirigent tout, mais ne peuvent pas exprimer leurs émotions correctement ? Tous les hommes victimes, piégés par la masculinité. Qui pourrait les haïr ? Leur oppression est structurelle. Vous ne pouvez pas les haïr individuellement, n’est-ce pas ?

Vous savez quoi ? Je peux. S’il vous plaît, ne confondez pas cela avec de l’amertume. Je suis assez en contact avec mes émotions pour connaître la différence entre douleur personnelle et haine de classe. En tant que classe, je déteste les hommes. J’ai changé d’avis. Je ne suis plus raisonnable.

Je veux voir cette classe brisée. Il ne peut même pas y avoir d’égalité fondamentale pour les femmes sans enlever le pouvoir aux hommes – et par là je ne veux pas dire se sentir désolé pour eux parce qu’ils n’ont pas d’amis ou suggérer qu’ils ont de petits organes génitaux. Je veux dire la suppression de leur pouvoir.

Quand je donnais autrefois aux hommes le bénéfice du doute, ce doute était imprégné de mon désir pour le sexe, les bébés, tout le tralala. Il n’a pas été difficile d’obtenir tout cela, bien que la manière dont les femmes sont encouragées à le faire soit abrutissante.

Le mariage, la monogamie – une prison où vous construisez vos propres murs. La familiarité engendre le mépris, mais c’est la suite de la romance. Si vous voulez fétichiser la proximité, la vie de famille, et les solutions de stockage Ikea, pourquoi ne pas aller jusqu’au bout et être lesbienne? Si vous voulez entretenir quelqu’un, ayez un bébé. Et si vous voulez sauver quelqu’un, prenez un chien.

Bien sûr, il peut y avoir des relations équitables entre les hommes et les femmes, dans lesquelles on devient la personne qui prend soin de l’autre. C’est le compromis optimal, le prospectus que personne ne comprend vraiment jusqu’à ce qu’il soit trop tard.

Après avoir essayé de vivre avec diverses mésaventures, je me rends compte que ce n’est pas pour moi et que cela ne le sera jamais. De même que ce genre de féminisme raisonnable qui ménage les hommes. Parce que ce sont des hommes. Je l’ai fait toute ma vie : des marches pro-choix dans lesquelles les hommes insistent pour marcher devant. Un parti de gauche qui ne peut pas accepter une femme leader. Le recul incessant des droits des femmes.

Si vous êtes intéressé par la libération des femmes, vous découvrirez que le plus grand obstacle à cela ce sont les hommes : les hommes en tant que classe. Autrefois, je pensais, « je ne déteste pas tous les hommes. » J’ai fait de la thérapie et tout. Maintenant, je pense que toute femme intelligente déteste les hommes. Il y a très peu de problèmes dans le monde qui n’ont pas pour origine la violence masculine et la misogynie.

Plus je déteste les hommes (#OuiTousLesHommes), moins je fais attention aux individus, en fait, tout comme il est clair que certains peuvent être amusants pendant un certain temps. Avant même que vous preniez la peine de pleurnicher que ma haine des oppresseurs du patriarcat est en quelque sorte équivalente à la misogynie systématique, à l’assassinat en cours, au viol, à la torture et à l’effacement des femmes, sachez ceci : autrefois je faisais des exceptions. J’avais tort.

Suzanne Moore est écrivaine pour le Guardian et le New Statesman. Elle écrit la chronique hebdomadaire « Telling Tales » dans le New Statesman. »

Lien sur l’article original : Suzanne Moore: Why I was wrong about men

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