Ce que j’attends des progressistes : de la solidarité envers les femmes, bordel !

19 Mai

Un article de Meghan Murphy publié sur le blog http://feministcurrent.com, le 15 mai 2014.

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Meghan Murphy

Traduction française de la collective TRADFEM transmise en intégralité ci-dessous :

« Donc, vous vous targuez d’être « progressiste ». Peut-être vous qualifiez-vous d’« allié ». Vous savez des choses sur les mouvements sociaux, sur l’activisme et vous faites du lyrisme sur la révolution, la justice et la solidarité. Vous êtes contre la pauvreté, la gentrification, la guerre, le capitalisme, la mondialisation et la grande entreprise. Vous vous qualifiez de colon parce que vous êtes sur un territoire qui n’est pas le vôtre – territoire que vos ancêtres ont volé à des populations qu’ils ont violées, maltraitées et essayé de détruire. Vous parlez de votre privilège : votre privilège masculin, votre privilège blanc, votre privilège cis, votre privilège de classe, votre privilège de personne mince, votre privilège merdique de crâne non-dégarni. Quel qu’il soit – vous l’avez répertorié. Pas un ne manque. Vous les avez tous mis sur votre profil Twitter. On comprend que vous avez compris. Félicitations, vous êtes radicaux.

Et si vous faisiez preuve de solidarité?

Je demeure choquée par le peu d’importance de la vie des femmes aux yeux des progressistes. Vous semblez capables de vous situer intellectuellement par rapport à tout (ou du moins, vous le prétendez)… sauf l’oppression des femmes. Maintes et maintes fois, je remarque que des femmes quittent des conjoints agresseurs, pour voir tout de même ceux-ci acclamés comme progressistes et radicaux par d’autres hommes et femmes, en conservant le soutien de leurs communautés. Les femmes sont continuellement trahies par ceux qui sont censés être leurs alliés. Et ça fait mal, bordel !

Je ne pense pas que la plupart des hommes savent ce que ça fait. Combien il est pénible de voir quelqu’un qui vous a maltraitée ou violée être accepté par vos amis, vos camarades, vos soi-disant alliés. De voir tout le monde passer l’éponge sur ce qui sera toujours en vous.

Les femmes comptent, bordel. Je compte. Mes sœurs comptent.

Vous reconnaissez sans doute à quel point le viol est dégueulasse. Oh, que c’est dégueulasse… Les autres hommes devraient arrêter de le faire.

Je parie que vous pensez que la violence conjugale, c’est mal aussi. Je parie plutôt que vous le dites. « Il ne faut pas frapper les filles », dites-vous à vos potes. Vous êtes un sacré héros…

Mais vous ne comprenez pas. Vous ne comprenez pas car ça ne vous est pas arrivé à vous. Et comme ça ne vous est pas arrivé, en bout de ligne, vous vous en foutez quand même un peu, n’est-ce pas ?

Une précision : Le viol ne ressemble pas toujours à ce que vous voulez qu’il soit. Ni la violence.

Nous n’avons pas besoin de vous montrer nos coquarts ou nos os cassés pour vous prouver qu’un homme est violent. Nous le savons, bordel. La violence est psychologique, verbale, émotionnelle tout autant que physique – sinon plus. Nous savons ce qu’est la violence. Nous le savons, car ça nous est arrivé. Et ce n’est pas à vous de décider si elle est réelle ou non.

Pourtant vous le faites.

Combien de fois devrons-nous nous rabaisser ? Que devons-nous vous dire pour vous convaincre que ce qui nous est arrivé était réel ? Et grave ? Combien de fois devons-nous raconter nos histoires – les histoires qui nous gênent, qui nous font honte, qui nous font nous sentir faibles, stupides et hypocrites. Parce que pourquoi avons-nous toléré ce traitement. Pourquoi sommes-nous revenues. Pourquoi sommes-nous restées. Pourquoi l’avons-nous laissé entrer dans notre lit.

Je suis fatiguée de vous raconter ces histoires. Je suis fatiguée de raconter l’histoire de mes sœurs. Et que vous vous sentiez juste gênés et me suggériez de tourner la page. Parce qu’il y a du travail à faire.

J’ai vu mon ex-conjoint violent continuer à prospérer dans sa communauté – siéger à tous les conseils, jouer les parents-modèles à l’école, être le fer de lance d’initiatives communautaires. Quel homme ! Hé, il ne vous a pas violentée vous, alors COMMENT SAVOIR ? Et qui s’en soucie quand il y a tout ce travail militant à faire ! Du travail militant réel. Du travail qui compte. Pas juste des conneries de filles. Elles sont toutes folles de toute façon – les filles.

Alors, continuez à lancer vos initiatives, à faire vos manifestations et vos réunions, et continuer à écrire vos articles et à avoir vos discussions très importantes sur le changement climatique et la pauvreté et le syndicalisme et sur Donald Sterling qui est si raciste, n’est-ce pas ? Nous les femmes vous soutiendrons, j’imagine, parce que nous n’avons pas d’autres choix. En effet où pouvons-nous aller ? Où est notre communauté ? Où est notre super site web progressiste ? Lorsque nous l’aurons lancé, serons-nous citées dans le New York Times ?

Oh, non. Nous n’y avons pas droit. Nous ne comptons pas assez. C’est juste des questions féminines après tout. Rien de sérieux au niveau politique. Parce que. De votre côté, vous voulez conserver vos potes, et votre porno, et votre classe de femmes à baiser, à reluquer et qui sont là pour écouter vos gamineries affectives, là pour vous consoler et vous soutenir et être là pour vous pendant que vous travaillez sur vos difficultés de merde, alors que nous devons travailler toutes seules sur les nôtres. C’est quand notre tour ? Quand est-ce que vous allez nous écouter ?

Nous allons continuer à vous raconter nos histoires. Parce que nous continuons à penser que ça vous touchera. Nous gardons l’espoir que cette fois vous nous croirez. Que cette fois-ci vous comprendrez.

Mais vous ne le faites jamais vraiment. Parce que la violence que nous vivons est juste notre problème personnel et que vous ne voulez pas de drame. Vous ne voulez pas vous engager. Pas quand il y a du vrai travail à faire.

Nous sommes la moitié de la population. Où est notre part de solidarité, bordel ?!

Source : Here’s what I want from progressives (some fucking solidarity)

Traduction : TRADFEM, avec l’autorisation de l’auteure. (Tous droits réservés) »

Une Réponse to “Ce que j’attends des progressistes : de la solidarité envers les femmes, bordel !”

  1. carolinehuens 5 mai 2015 à 11:18 #

    A reblogué ceci sur Caroline Huenset a ajouté:
    « Alors, continuez à lancer vos initiatives, à faire vos manifestations et vos réunions, et continuer à écrire vos articles et à avoir vos discussions très importantes sur le changement climatique et la pauvreté et le syndicalisme et sur Donald Sterling qui est si raciste, n’est-ce pas ? Nous les femmes vous soutiendrons, j’imagine, parce que nous n’avons pas d’autres choix. En effet où pouvons-nous aller ? Où est notre communauté ? Où est notre super site web progressiste ? Lorsque nous l’aurons lancé, serons-nous citées dans le New York Times ?

    Oh, non. Nous n’y avons pas droit. Nous ne comptons pas assez. C’est juste des questions féminines après tout. Rien de sérieux au niveau politique. Parce que. De votre côté, vous voulez conserver vos potes, et votre porno, et votre classe de femmes à baiser, à reluquer et qui sont là pour écouter vos gamineries affectives, là pour vous consoler et vous soutenir et être là pour vous pendant que vous travaillez sur vos difficultés de merde, alors que nous devons travailler toutes seules sur les nôtres. »

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