L’antiféminisme est une expression de la haine des femmes

5 Avr

Dans son ouvrage Les femmes de droite, Andrea Dworkin montre que l’antiféminisme est une expression de la misogynie. Il en est l’argumentaire politique.

ImageAndrea Dworkin

 

Voici quelques extraits choisis :

« Le féminisme est haï parce que les femmes sont haïes. L’antiféminisme est une expression directe de la misogynie ; c’est l’argumentaire politique de la haine des femmes. Il en est ainsi parce que le féminisme est le mouvement de libération des femmes. »

« L’antiféminisme est dans tous les cas une expression de la haine des femmes : il est plus que temps de le dire, d’établir cette équation, d’insister sur sa vérité. L’antiféminisme jette les femmes en pâture aux loups ; il répond « plus tard » ou « jamais » à celles qui sont cruellement et systématiquement privées de liberté ; leur vie est en jeu et il leur dit qu’il n’est pas urgent de leur rendre justice ou de les traiter décemment ; il gronde les femmes pour leur désir de liberté. Il est juste de repérer la haine des femmes, une haine sexuelle, un mépris passionné, dans chaque effort visant à subvertir ou bloquer l’amélioration de leur sort dans tout enjeu, qu’il soit radical ou réformiste. Il est juste de repérer un mépris pour les femmes dans chaque effort visant à subvertir ou bloquer chacune de leurs avancées vers l’indépendance économique ou sexuelle, vers l’égalité civique ou juridique, vers l’autodétermination. L’antiféminisme est la politique du mépris pour les femmes en tant que classe. »

« Le même mépris antiféministe des femmes s’exprime dans la résistance aux mesures d’action positive, ou dans les justifications prêtées à la pornographie, ou dans l’acceptation de la prostitution comme institution de travail sexuel des femmes. Si l’on comprend que les femmes vivent une exploitation et une violence systématiques, alors la défense de quoi que ce soit, l’acceptation de quoi que ce soit qui promeut ou qui perpétue cette exploitation et cette violence exprime une haine des femmes, un mépris de leur liberté et de leur dignité. Et tout effort visant à entraver des initiatives législatives, sociales ou économiques qui amélioreraient la condition des femmes, si radicales ou réformistes que soient ces initiatives, exprime ce même mépris. On ne peut tout simplement pas être à la fois pour et contre l’exploitation des femmes : pour, quand elle est jouissive, contre, dans l’abstrait ; pour, quand elle est lucrative, contre, en principe ; pour, dans le dos des gens, contre, quand ça pourrait se voir. Si l’on comprend à quel point les femmes sont exploitées – la nature systématique de l’exploitation et son assise sexuelle –, aucune justification politique ou éthique n’autorise à faire moins que le maximum, avec toutes ses ressources, pour mettre fin à cette exploitation. »

« L’antiféminisme est manifeste partout où la subordination des femmes est activement perpétuée ou attisée ou justifiée ou passivement acceptée, parce que la dévaluation des femmes est implicite dans chacune de ces positions. La haine des femmes et l’antiféminisme, si agressive ou discrète que soit leur expression, sont des synonymes empiriques, inséparables, souvent impossibles à distinguer, souvent interchangeables, et toute acceptation de l’exploitation des femmes – dans n’importe quel domaine, pour n’importe quelle raison, de n’importe quelle manière – incarne, signifie et soutient cette haine et cet antiféminisme. »

« L’antiféminisme se décline en mépris pour différents types de femmes – tels que les hommes imaginent les différents types de femmes – et donne lieu à tout un spectre d’insultes. Les lesbiennes, les intellectuelles et les femmes frondeuses (…). Les prudes, les vieilles filles et les célibataires (…). Les « salopes », « nymphomanes » et « filles faciles » (…). Lancées à une femme, ces épithètes (souvent plus grossières) visent à calomnier sa relation à son genre ou à la sexualité telle que définie et imposée par les hommes. Les épithètes sont situationnelles : choisies et appliquées non pour montrer ce qu’elle est personnellement, essentiellement, mais pour l’intimider dans une situation donnée. »

« L’antiféminisme passe par la réduction d’une femme à des perceptions de sa sexualité ou de son rapport aux hommes ou à la sexualité masculine (…) Lorsqu’une femme exprime une opinion – à quelque sujet – et que la réaction consiste à discréditer ou remettre en question sa sexualité, son identité sexuelle, sa féminité ou ses relations avec les hommes, cette réaction peut être identifiée sans plus comme implicitement antiféministe et misogyne.Elle peut et doit être dénoncée à ce titre. L’antiféminisme, comme stratégie de subversion de la crédibilité dont une femme arrive à se doter, va des sous-entendus subtils à l’hostilité flagrante, qui ont toujours pour fin de lui rappeler, comme aux gens qui l’écoutent, qu’après tout, elle n’est qu’une femme – et même à cela, une femme défectueuse. La misogynie implicite de l’antiféminisme vise à humilier cette femme, afin qu’elle ressente l’humiliation et que les personnes qui l’écoutent la voient subir l’humiliation et la ressentir. »

« Il est plus que temps de reconnaître, de dénoncer et de combattre le discrédit réellement jeté sur les femmes par ces épithètes, qui les isolent et les détruisent. Ce sont des rappels symboliques de ce à quoi elle est réduite, non un être humain mais une femme, cette chose inférieure ; ces accusations rappellent à l’accusée sa place en tant que femme et quelque transgression alléguée de ses limites. Les femmes craignent les épithètes parce que ce sont des avertissements, des menaces, la preuve qu’une femme a commis un faux pas dans sa relation au monde qui l’entoure, la preuve qu’un ou des hommes l’ont remarquée et sont irrités contre elle. Les femmes craignent ces épithètes parce qu’elles craignent l’irritation des hommes. Cette irritation constitue la substance de l’antiféminisme et de la misogynie. L’épithète est une arme, qu’elle soit lancée à pleine force ou prononcée sur un ton boudeur ou mesuré. Elle est nécessairement un acte d’hostilité utilisé dans un esprit de revanche. Insulter une femme la marque temporairement ; cela moule son image sociale d’une façon qui conforte son infériorité sociale ; l’épithète précède souvent le coup de poing ou la baise, de sorte que les femmes apprennent à l’associer à des usages d’elles-mêmes qu’elles abhorrent, des usages hostiles ; et l’épithète est souvent lancée pendant qu’il frappe, pendant qu’il baise. Elle avilit une femme en avilissant sa classe de sexe, sa sexualité et son intégrité personnelle ; elle exprime une haine profonde, non superficielle – la haine des femmes, une haine profonde ayant des conséquences profondes pour celles contre qui l’épithète est lancée. En tant qu’insultes sexuelles, ces épithètes agissent comme une rafale de mitrailleuse, abattant tout ce qu’elles touchent – toute femme présente. Les allusions à ces insultes sexuelles, même obscures, de simples évocations, sont utilisées avec persistance et capacité dans la dévalorisation publique des femmes – dans la haine des femmes et la politique de mépris à leur égard, dans la langue commune et dans le discours culturel. Chaque fois que le recours à un vocabulaire de haine n’est pas relevé, qu’une expression de haine ne suscite pas de rébellion ou de résistance discernable, il se perd une partie de la femme à qui cela arrive et une partie de la femme qui voit cela arriver. Chaque fois que l’utilisation d’une telle épithète ou son évocation ne donne lieu à aucune riposte, quelque chose meurt chez les femmes. »

Image

Source : DWORKIN, Andrea, Les femmes de droite, Éditions du remue-ménage, Montréal, 2012.

Traduction française de Martin Dufresne et Michèle Briand

Disponible à la Librairie du Québec (30 rue Gay-Lussac, 75005 Paris)  et à la Librairie Violette & Co (102 Rue de Charonne, 75011 Paris).

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :