Massacre de l’Ecole Polytechnique : cessons d’être poli-e-s, c’est de la violence masculine contre les femmes

16 Déc

Le 6 décembre dernier, la féministe canadienne Meghan Murphy a publié sur son site Feminist Current un article en mémoire du massacre de l’Ecole Polytechnique de Montréal du 6 décembre 1989 : On gendered violence and remembering the Montreal Massacre.

ImagePlaque sur le mur extérieur de l’École Polytechnique commémorant les 14 victimes du massacre.

 

Dans cet article, Meghan Murphy dénonce l’utilisation de l’expression « violence sexiste » ou « violence fondée sur le genre » pour définir le massacre de l’Ecole Polytechnique. En réalité,  cette expression est vague et ce flou permet d’éviter de nommer le problème : il s’agit de violence masculine contre les femmes.

Martin Dufresne a traduit cet article en français : À propos de la «violence sexiste» et de ce que nous retenons du gynocide de l’École Polytechnique

Voici l’intégralité de cette traduction :

« Nous sommes le 6 décembre. Il y a vingt-quatre ans, 14 femmes ont été assassinées à l’École Polytechnique de Montréal par un homme qui a crié : «Vous êtes toutes une bande de féministes, et je hais les féministes.»

Aujourd’hui, c’est aussi la Journée nationale de commémoration et d’action contre la violence faite aux femmes. Même si certaines personnes ont parlé aujourd’hui de «violence sexiste» ou de «violence fondée sur le genre»,  je préfère à ces expressions une description plus précise. Nous parlons de violence masculine contre les femmes.

Il est vrai que cette violence a un genre mais parler de «violence sexiste» s’avère trop vague. Ce que ce terme signifie est une peur – et cette peur existe pour de bonnes raisons. Les féministes sont ciblées parce qu’elles nomment le problème. Nous ciblons le patriarcat, la domination masculine, l’oppression des femmes et la violence masculine contre les femmes. Les hommes sont menacés par le féminisme parce que nous refusons de masquer le problème avec des mots ambigus, une critique tiède et des demandes polies.

Le 6 décembre 1989, 14 femmes ont été assassinées parce qu’un homme avait peur de perdre le pouvoir et les privilèges auxquels il croyait avoir droit. Il était tellement irrité par l’idée que les femmes pourraient usurper ce pouvoir et ce privilège qu’il a eu recours à la violence.

Cet homme n’est pas une anomalie.

La violence masculine est infligée aux femmes sur une base quotidienne, partout dans le monde. L’endroit où nous vivons, notre statut économique, notre classe et notre origine raciale peuvent nous y rendre plus vulnérable. Nos sœurs autochtones, par exemple, sont prostituées, violentées et incarcérées à des taux disproportionnés. Les femmes autochtones sont de cinq à sept fois plus susceptibles que les autres femmes de mourir de conséquences de violence. Des femmes pauvres sont quotidiennement sujettes à la traite pour satisfaire les désirs d’hommes occidentaux. Ici, à Vancouver, dans le quartier Downtown Eastside, des femmes n’ayant peu ou pas d’autres options sont obligées de recourir à la prostitution pour survivre, et des violences et des conditions inhumaines constituent pour elles une réalité quotidienne.

Bien sûr, toutes les femmes sont vulnérables à la violence masculine. Nous savons cela, en tant que femmes. Nous le ressentons tous les jours quand nous marchons dans la rue la nuit, attentives à des pas derrière nous, évaluant les hommes qui marchent vers nous, planifiant d’avance notre défense. Nous le ressentons quand nous empruntons les transports en commun et que nous nous demandons si nous serons harcelées ou agressées, en essayant de prévoir notre réaction si l’homme assis à côté de nous se révèle être un agresseur. Nous surveillons de près nos consommations dans les bars, nous évitons les contacts visuels sur la rue, nous nous demandons si quelqu’un va pénétrer chez nous par une fenêtre la nuit, nous craignons même les chauffeurs de taxi sur lesquels nous comptons pour nous ramener chez nous en sécurité la nuit. Beaucoup d’entre nous craignons même les hommes avec qui nous vivons – nos pères, nos frères, nos maris, nos partenaires.

Le mouvement féministe est notre réponse. Le mouvement féministe nomme les hommes comme nos attaquants et nos oppresseurs. Peut-être pas tous les hommes individuels, mais  beaucoup d’hommes individuels, et certainement les hommes en tant que classe.

L’expression «violence sexiste» est polie. Elle n’offense personne, ne pointe personne du doigt. Elle ne suffit pas. La vérité, c’est celle de la violence masculine contre les femmes.

Solidarité.

Copyright: Meghan Murphy, 2013. »

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