Abolition de la prostitution : l’Europe et ses survivantes sous le regard du monde

14 Déc

Lauren Hersh est directrice du bureau de New York d’Equality Now, une organisation internationale qui travaille pour la protection et la promotion des droits des femmes et des filles dans le monde. Elle a écrit, il y a quelques jours, un article sur l’avancée de l’abolitionnisme en Europe.

Voici le lien sur l’article : Listening to Survivors: Europe Trend Towards Positive Change

Martin Dufresne a fait une traduction de cet article : Prostitution: l’Europe écoute les survivantes et met le cap sur des changements positifs

Voici l’intégralité de cette traduction :

« Prostitution: l’Europe écoute les survivantes et met le cap sur des changements positifs

Zsolt se tient en face de la Basilique de Saint-Etienne, au centre-ville de Budapest, tous les soirs, de 20h00 jusqu’à l’aube. Son travail consiste à diriger les touristes de passage vers un «club de gentlemen» situé non loin. Il gagne 300 000 forints (1,365 $US) par mois dans un pays où le salaire moyen est inférieur à la moitié de ce montant. Il parle cinq langues et est heureux de répondre aux questions lors de ce qu’il décrit comme une soirée «lente». Même alors, il échange en anglais, en 20 minutes, avec une douzaine d’hommes intéressés. L’industrie du sexe n’est pas légale en Hongrie, mais elle est tolérée et fonctionne généralement bien en vue.

La traite à des fins sexuelles est devenue une préoccupation croissante chez les Hongrois. Les jeunes filles rom font l’objet d’une traite domestique pour fournir en services sexuels les visiteurs et les week-ends d’enterrement de vie de garçon dans la capitale. Mais la Hongrie joue un rôle beaucoup plus important dans la traite transfrontalière en Europe. Il s’agit d’une région «source» clé d’où proviennent les femmes et les filles amenées par la traite dans les pays où la prostitution est légale, comme la Suisse, l’Allemagne et les Pays-Bas. Dans ces pays, des femmes et des jeunes filles sont amenées de l’étranger pour étancher une demande légalement sanctionnée.

Ceux qui soutiennent la légalisation et la décriminalisation de la prostitution le font souvent avec l’objectif de rendre la prostitution meilleure et plus sûre pour les personnes concernées. Pourtant, les survivantes de l’exploitation sexuelle et la traite à des fins sexuelles ont maintes fois fait valoir que la légalisation ou la décriminalisation de la prostitution faisait exactement le contraire; elle légitime la violence qui est inhérente à cette industrie.

Rebecca Mott, entrée dans la prostitution à 14 ans au Royaume-Uni, dit que ces politiques permettent au viol et à la torture des femmes de devenir des «non-crimes» et rendent «jetables» les femmes qui sont dans la prostitution.

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Rebecca Mott

La survivante irlandaise Rachel Moran décrit les mêmes politiques comme des «insultes atroces» adressées aux personnes qui sont dans la prostitution.

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Rachel Moran

Une déclaration signée par 177 survivantes confirmées de la traite sexuelle, affiliées à l’organisation Sex Trafficking Survivors United (STSU), indique également que : «Sans les acheteurs de sexe tarifé, le trafic sexuel n’existerait pas. Si nous commencions à pénaliser et stigmatiser les acheteurs, nous pourrions mettre fin au trafic sexuel dans l’espace d’une vie… la prostitution n’est pas un crime sans victime, c’est une forme brutale de violence sexuelle.»

L’Europe commence enfin à écouter les survivantes. Une nouvelle tendance se dessine : criminaliser les acheteurs, les trafiquants et les proxénètes qui alimentent une industrie de la prostitution essentiellement violente, tout en dépénalisant les personnes qui se trouvent dans la prostitution et en leur offrant des services et des options de sortie du milieu.

Depuis 1999, la Suède, la Norvège et l’Islande ont mis en œuvre ce «modèle nordique» (http://bit.ly/JpqZkO) de politique face à la prostitution. Ces lois visent à réduire toute demande, reconnaissant qu’en raison de la contrainte généralisée dans les secteurs légaux de prostitution, il n’est tout simplement pas possible de différencier la demande qui constitue de l’exploitation de celle qui prétend ne pas en être.

La France a reconnu ce fait et son assemblée a voté en faveur de l’adoption de ce modèle la semaine dernière; l’Irlande doit faire de même prochainement ; et le ministère finlandais de la Justice a préconisé l’adoption de la même politique (http://bit.ly/1kI8eo3). Cette tendance constructive est susceptible de prendre de l’ampleur à mesure que les pays voisins ressentent les effets néfastes leurs propres politiques malavisées.

Au contraire, les Pays-Bas et l’Allemagne, qui ont tenté de réglementer la prostitution, en 2000 et en 2002 respectivement, commencent à rétrograder de leurs «expériences ratées», et des politicien-ne-s réclament de nouvelles lois pour criminaliser l’achat de services sexuels d’une victime de la traite ou de coercition.

Cette tendance européenne en faveur d’une criminalisation de l’achat du sexe et d’une décriminalisation des personnes se trouvant en prostitution est également compatible avec l’obligation juridique incombant à tous les états membres de l’UE de lutter contre la demande qui alimente le trafic sexuel, comme l’a souligné la coordonnatrice anti-traite de l’UE, Mme Myria Vassiladou. Elle reflète également une recommandation émise par la commissaire chargée des affaires intérieures de l’UE, Mme Cecilia Malmström, qui a appelé les pays membres à adopter des mesures pour réduire la demande de femmes à exploiter sexuellement.

Pour revenir à Budapest, Zsolt ne réalise pas son rôle dans cette industrie du sexe violente et abusive. Il ne comprend pas qu’il fait partie des raisons qui continuent à faire prospérer la traite à des fins sexuelles. Il ne sait pas que la fille de 14 ans de sa ville natale, qui ne parle ni l’anglais, ni le néerlandais et pense qu’elle s’en va travailler dans un salon de coiffure à Amsterdam, se retrouve dans une fenêtre sur la rue Nyíregyháza de la ville, achetée pour des rapports sexuels par des «visiteurs du quartier red-light».

La mise en œuvre du «modèle nordique» dans toute l’Europe, comme le propose la députée Mary Honeyball dans un rapport annoncé au Parlement européen (http://bit.ly/1h8Y4Ng), va transformer la vie d’une quantité innombrable de femmes et de filles. Cette série de mesures va également adresser un signal fort à des gens comme Zsolt, qui ne réalisent pas pleinement qu’en facilitant l’industrie du sexe, ils et elles cachent l’exploitation et la violence qui en forment le cœur.

Pour passer à l’action et veiller à ce que l’Organisation des Nations Unies écoute la voix des victimes de l’exploitation sexuelle et la traite, veuillez cliquez ici.

Aidez-nous à transmettre ce message en vous joignant à notre opération Coup de tonnerre avant le 20 décembre : http://thndr.it/18C3VFf afin de demander à ONUSIDA, au PNUD et au FNUAP d’écouter les survivantes et d’abolir la traite.

© Tous droits réservés à Lauren Hersh, Equality Now, décembre 2013. »

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  1. Abolition de la prostitution : l’Europe e... - 22 décembre 2013

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