Prostitution : Justin Bieber ou l’effondrement du mythe du « client » esseulé et carencé sexuellement

13 Nov

Voici la traduction française d’un excellent article de Meghan Murphy sur son site Feminist Current : Si la prostitution n’est pas l’affaire d’hommes esseulés, carencés au plan sexuel, qu’est-ce donc? (Ou Justin Bieber n’a pas besoin de payer pour du sexe)

Meghan Murphy s’appuie sur la récente affaire de Justin Bieber photographié à la sortie d’un bordel brésilien pour démonter le mythe du pauvre « client » esseulé et carencé sexuellement qui n’aurait d’autre choix que de recourir à la prostitution.

« Il y a huit jours, le chanteur populaire Justin Bieber a été photographié sortant d’un bordel brésilien. On l’avait recouvert de quelques draps, ce qui semble indiquer que l’achat de sexe n’est toujours pas considéré comme un passe-temps tout à fait acceptable (même si nos camarades du team «le travail du sexe est un travail» font de leur mieux pour changer cela).

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Ce n’est pas comme si le Bieb manquait d’opportunités au rayon des dames. En fait, dès le lendemain soir, il quittait un club à 3h du matin avec pas moins de 30 filles dans sa camionnette. Quoi qu’il en soit, je sais bien que vous vous contrefoutez de ce que M. Bieber fait de ses week-ends. Ma question est la suivante : Pourquoi faisons-nous encore semblant que la prostitution est l’affaire d’hommes esseulés, socialement ineptes et carencés au plan sexuel?

Ces jours-ci, les médias n’en ont que pour les «partenaires de substitution». L’année dernière, on nous a présenté le sexe comme une sorte de service thérapeutique pour personnes handicapées à l’occasion du lancement de «The Sessions», un film sur un homme paralysé à partir du cou qui embauche une assistante sexuelle pour se faire dépuceler.

Il semble que nous ayons plus envie de prendre les prostitueurs en pitié que de leur faire honte. Tristes messieurs aux tristes pénis… Pourtant je ne pense pas que Justin Bieber ait le pénis très triste… Et je ne pense pas que l’esseulement ou un handicap soit une défense raisonnable pour le maintien du pouvoir masculin.

L’idée que les prostituées existent pour servir d’«exutoire» aux hommes n’est pas nouvelle. Il y a plus d’un siècle, la bonne société croyait que l’existence de femmes prostituées s’imposait pour empêcher les hommes de violer (les femmes non prostituées) et pour préserver les mariages. La prostitution était perçue comme un «service social». Les prostituées servaient essentiellement à éponger les mauvais traitements des hommes, de façon à ce que ceux-ci ne s’en prennent pas aux «femmes de qualité». Personne n’a envie de se retrouver dans la position d’«exutoire» à l’agression masculine (un comportement qui était perçu comme naturel et qui est toujours considéré comme inné par beaucoup de gens). Le fait de naturaliser la sexualité masculine comme incontrôlable ou violente n’est un cadeau pour personne, et celui d’imposer à une certaine catégorie de femmes, marginalisées, la responsabilité de protéger d’autres femmes, plus privilégiées, est particulièrement odieux. Les anciens Romains considéraient les femmes prostituées comme des déviantes sexuelles insatiables, une notion qui effaçait commodément toutes les violences que subissaient ces femmes aux mains des hommes qui paient pour leur faire ce dont ils ont envie. Nous nous accrochons encore à toutes ces notions aujourd’hui, en les recyclant constamment sous de nouveaux emballages, dans un effort continuel pour convaincre le monde que cette industrie est à la fois nécessaire et qu’elle mérite de perdurer.

Le discours entourant la prostitution a changé : nous avons essayé d’assainir l’image de l’industrie. Le slogan «un emploi comme un autre» fait des femmes prostituées de simples fournisseuses de services, indistinctes d’une coiffeuse ou d’une physiothérapeute. Mais ce qui ne change pas, c’est l’idée que la prostitution est nécessaire à cause des pauvres hommes carencés de sexe qui «ont besoin» de femmes comme «exutoires». Certaines femmes ont la chance de disposer d’autres choix que celles de devenir des réceptacles à pénis. C’est moins souvent le cas pour les femmes pauvres, victimes de violence, ou racisées.

Aujourd’hui, nous nous plaisons à imaginer la prostitution comme un service destiné aux esseulés. Nous sommes censés prendre ces hommes en pitié – Quoi, faudrait-ils qu’ils se contentassent de la masturbation?! Quelle horreur! Pourtant, des exemples comme celui de M. Bieber (et des innombrables autres hommes riches et célèbres qui paient pour du sexe) nous démontrent que la prostitution n’est pas seulement une affaire de sexe. Il ne manque pas de sexe dans la vie de Justin Bieber – pas besoin de s’en faire pour lui, il a accès à autant de vagins qu’il désire. Non, la prostitution est clairement une question de pouvoir. De pouvoir masculin, plus précisément.

Pour éviter de le reconnaître, nous ne manquons pas de défenses centenaires à recycler. Faites votre choix :

– Les hommes sont naturellement violents et violeurs et ont besoin d’éjaculer dans ou sur le corps de femmes afin de rester sains d’esprit.

– Les hommes sont naturellement coureurs et ont besoin de vagins variés pour maintenir du piment dans leur vie. Leurs épouses ont, après tout, de véritables sentiments et personnalités, ce qui peut s’avérer ennuyeux et fastidieux.

– Les prostituées, on le sait bien, adoooooorent le sexe! Vous pouvez parier que tous ces prostitueurs sont vraiment généreux au lit… vraiment, vraiment compétents dans l’art de plaire à une femme. Ils n’arrivent pas à différencier la véritable jouissance de la simulation, mais bon, c’est la raison pour laquelle ils paient. Cela leur permet de s’imaginer être les plus virils des amants. Pas étonnant qu’ (à les entendre) ils n’arrivent pas à s’envoyer en l’air sans frais.

Après tout, nous défendons le droit d’accès des hommes au corps des femmes depuis l’invention du patriarcat. Pourquoi s’arrêter maintenant?

Le Bieb n’est pas esseulé, désespéré, handicapé ou socialement inepte. Alors, comment peut-on expliquer sa visite au bordel l’autre soir? Laissez-moi vous dire ce que j’ai appris au sujet des prostitueurs de la part de la survivante et auteure, Rachel Moran: Les hommes achètent du sexe parce qu’ils pensent pouvoir traiter les prostituées de façon différente qu’ils peuvent traiter leurs épouses, leurs amies et les femmes qu’ils fréquentent. Ils achètent du sexe afin de projeter sur un être humain ce que Moran appelle de « l’excitation perverse », sans culpabilité et sans conséquences. Ils achètent du sexe afin d’éprouver un sentiment de domination et de rendre le viol et la violence «consensuels» (puisque nous nous sommes convaincus que le paiement équivaut au consentement). Et en effet, la plupart des prostitueurs tirent un plaisir sadique de ce déséquilibre de pouvoir, explique Moran.

La prostitution n’est pas une affaire de sexualité. C’est une affaire de pouvoir masculin pur et simple. Et si vous êtes féministe, si vous avez des convictions humanitaires, ou si vous croyez, d’une façon ou d’une autre, à l’égalité et aux droits humains, il est temps d’arrêter de régurgiter ces alibis de l’industrie. Ils sont vieux, très vieux, mais ils demeurent incroyablement destructeurs, mortels même. »

Traduction: Martin Dufresne

Tous droits réservés: Meghan Murphy, nov. 2013.

6 Réponses to “Prostitution : Justin Bieber ou l’effondrement du mythe du « client » esseulé et carencé sexuellement”

  1. GABZdumontFEYZEAU 15 novembre 2013 à 03:43 #

    Reblogged this on T O D A Y I S M Y D A Y.

  2. Mathias Poujol-Rost 23 décembre 2013 à 11:14 #

    Relayé.

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