Le pouvoir des hommes existe et se perpétue par la dégradation des femmes

2 Nov

Extraits du 1er chapitre de Pornography : Men Possessing Women d’Andrea Dworkin.

Source : DWORKIN, Andrea, Pouvoir et violence sexiste, Montréal, Sisyphe, 2007, pp. 45-73

Dans ce chapitre, Andrea Dworkin montre à quel point la conception d’un pouvoir masculin « naturel » est profondément ancrée en chacunE de nous, comme une évidence jamais remise en question. Dworkin dénonce cet a priori que le pouvoir ferait partie intégrante de la condition masculine. Dworkin décrit ensuite les attributs de ce pouvoir masculin perçu comme incontestable :

  • la force physique,
  • la capacité de terroriser,
  • le pouvoir de nommer,
  • le pouvoir de propriété,
  • le pouvoir de l’argent,
  • le pouvoir du sexe.

Tous ces attributs conjugués à l’essence-même du pouvoir masculin permettent à l’homme d’exercer son droit inaliénable à prendre tout ce dont il a besoin pour se maintenir.

« Le pouvoir des hommes est, premièrement, une assertion métaphysique de soi, un je suis qui existe a priori, comme fondement, absolu, dénué de toute excuse ou embellissement, sourd à tout démenti ou défi. »

« l’essence du soi masculin est de prendre, de sorte que, par définition, le soi absolu s’exprime par le droit absolu de prendre tout ce dont il a besoin pour se maintenir. Le soi immuable du mâle se résume à un parasitisme exercé sans le moindre embarras. »

« Deuxièmement, le pouvoir est la force physique exercée sur ou contre des personnes moins fortes ou non autorisées à utiliser la force comme pouvoir. »

« La réalité de la force physique masculine, dans un sens objectif, a moins d’importance que l’idéologie qui sacralise et qui célèbre cette force. La force physique des hommes face aux femmes est en partie réalisée parce que les hommes maintiennent les femmes dans un état de faiblesse physique. Les hommes choisissent comme partenaires des femmes physiquement faibles (sauf si le travail de force fait partie du rôle de femme) et, dans l’éducation des femmes, la force physique est systématiquement minée et sabotée. La faiblesse physique des femmes croît avec leur classe sociale (telle que définie par les hommes) ; plus elles s’approchent du pouvoir, plus elles sont faibles. Les femmes dotées de force physique doivent même simuler la faiblesse pour faire valoir non seulement leur féminité mais aussi leurs aspirations d’avancement esthétique et économique. L’incapacité physique est une forme de beauté féminine et un symbole de richesse masculine : il est assez riche pour la garder dans l’incapacité de travailler, inutile, décorative. De plus, les femmes sont souvent mutilées, physiquement ou par la coutume et la mode, si bien que le peu de force physique pouvant leur rester est insignifiante. »

« Le pouvoir de la force physique se conjugue à celui du soi de sorte qu’il ne fait pas qu’être, il est le plus fort ; il ne fait pas que prendre, il prend de force.

Troisièmement, le pouvoir est la capacité de terroriser, d’utiliser le soi et la force pour inculquer la peur, la peur chez toute une classe de personnes, pour toute une classe de personnes. Les actes de la terreur s’échelonnent du viol à la violence conjugale au viol d’enfants à la guerre aux mutilations à la torture à l’esclavage à l’enlèvement à l’agression verbale à l’agression culturelle aux menaces de mort aux menaces de sévices, étayées par le pouvoir et le droit de passer aux actes. Les symboles de la terreur sont usuels et entièrement familiers : le pistolet, le couteau, la bombe, le poing, et ainsi de suite. Plus significatif encore est le symbole caché de la terreur : le pénis. »

« La légende de la violence masculine est la plus célébrée des légendes humaines et c’est d’elle qu’émerge l’identité de l’homme : il est dangereux. »

« Quatrièmement, les hommes ont le pouvoir de nommer, un pouvoir immense et sublime. Ce pouvoir de nommer permet aux hommes de définir l’ensemble du champ de l’expérience, de déterminer limites et valeurs, d’assigner à chaque chose son domaine et ses attributs, de décider ce qui peut et ne peut pas être exprimé, de contrôler jusqu’à la perception. »

« Le pouvoir de nommer repose sur la force pure et simple. »

« La suprématie masculine est fusionnée au langage, de sorte que chaque phrase la proclame et la renforce. »

« l’homme donne le nom et le nom perdure, la femme donne le nom et le nom se perd. (…) Le pouvoir de nommer repose sur la force pure et simple. »

« C’est le fait de nommer par décret qui est un pouvoir exercé sur et contre celles à qui on interdit de nommer leur propre vécu »

« Le mâle ne se contente pas de nommer les femmes mauvaises : il extermine neuf millions de femmes comme sorcières parce qu’il a nommé les femmes mauvaises. »

« Il affirme que la femme veut être violée : il viole. Elle résiste au viol ; il doit la battre, la menacer de mort, l’enlever de force, l’attaquer de nuit, utiliser un couteau ou ses poings ; et malgré tout, il affirme qu’elle en veut, elles en veulent toutes. Elle dit non ; il prétend que cela veut dire oui. »

« Il nomme « sexe » un mélange variable d’antagonisme et de violence ; il la bat et nomme cela « preuve d’amour » (si elle est épouse) ou « érotisme » (si elle est maîtresse). Si elle veut de lui sexuellement, il la nomme salope ; si elle n’en veut pas, il la viole et dit qu’elle en veut ; si elle préfère étudier ou peindre, il la nomme frustrée et se vante de pouvoir guérir ses intérêts pathologiques par le « bon coup » apocryphe [douteux, suspect]. Il la nomme « ménagère », uniquement apte au travail de maison, et la tient dans la pauvreté et la dépendance totales ; mais si elle quitte la maison, il l’achète et puis la nomme putain. Il la nomme comme bon lui convient. Il fait ce qu’il veut et nomme cela à sa guise. »

« Cinquièmement, les hommes ont le pouvoir de propriété. Historiquement, ce pouvoir a été absolu »

« Les voies de fait et les viols commis par l’époux, généralisés ici comme ailleurs, se fondent sur la conviction que la propriété de son épouse par un homme autorise absolument tout ce qu’il désire lui faire : son corps à elle lui appartient à lui, qu’il veuille s’y épancher sexuellement, le battre ou l’engrosser. Le pouvoir masculin de propriété, en vertu de son caractère historique central, est à peine restreint par son timide encadrement juridique. »

« Le cinquième axiome de la suprématie masculine est la présomption voulant que le droit de l’homme à posséder la femme et sa production soit naturel, antérieur à l’histoire, postérieur au progrès. »

« Le pouvoir de propriété découle du pouvoir du soi, défini comme celui qui prend. Le fait de prendre acquiert ici une signification supérieure : il prend, il garde ; une fois qu’il a pris, c’est à lui. Ce rapport entre le soi qui prend et la propriété transparaît notamment dans la relation entre le viol et le mariage. Le mariage comme institution est né du viol comme pratique. Le viol, défini à l’origine comme le rapt, est devenu le mariage par capture. Le mariage signifiait que le fait de prendre devait se prolonger dans le temps, ne pas être seulement une utilisation temporaire mais une possession à vie, ou une propriété.

Sixièmement, le pouvoir de l’argent est un pouvoir distinctement masculin. L’argent est roi, mais le roi est un homme. »

« tous les hommes, y compris les hommes pauvres ou défavorisés, courent après l’argent parce qu’il exprime la masculinité, le pouvoir exercé sur et contre les femmes. Voir une femme avoir plus d’argent que soi est déshonorant : cela signifie qu’on a moins de masculinité qu’elle. D’autres pouvoirs masculins doivent alors être invoqués en compensation – comme le pouvoir de la terreur (violence) ou le pouvoir de nommer (diffamation).

Septièmement, les hommes ont le pouvoir du sexe. »

« le pouvoir du sexe, manifesté par des actes, des attitudes, des privilèges et dans la culture, est l’apanage exclusif du mâle, son domaine inviolé et sacré. Le sexe, un mot au potentiel si vaste et si évocateur, est rogné par l’homme jusqu’à ne plus signifier, de fait, que l’intromission du pénis. »

« L’« acte sexuel » signifie l’intromission du pénis, puis les poussées du pénis, ce qu’on appelle baiser. La femme est objet de l’action ; l’homme agit et, par l’action, exprime le pouvoir sexuel, le  pouvoir de la masculinité. Baiser exige que l’homme agisse sur un être ayant moins de pouvoir, et cette assignation de valeur est si ancrée, si entièrement implicite à l’acte, que l’être qui est baisé est stigmatisé comme féminin durant l’acte, même s’il n’est pas anatomiquement féminin. Dans le système masculin, le sexe est le pénis, le pénis est le pouvoir sexuel et son utilisation pour baiser est la masculinité. »

« la dégradation des femmes existe pour postuler, exercer et célébrer le pouvoir masculin. En dégradant les femmes, le pouvoir masculin est avant tout soucieux de lui-même, de sa perpétuation, de son expansion, de son intensification et de son élévation. »

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