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La prostitution, c’est le « droit » des hommes à détruire femmes et enfants contre paiement

14 Oct

Extraits d’une interview de Kajsa Ekis Ekman, auteure du livre L’être et la marchandise. Prostitution, maternité de substitution et dissociation de soi (Montréal, M Éditeur, 2013).

« Mon nom est Kajsa Ekis Ekman et je suis suédoise, écrivaine, militante et j’écris pour un magazine anarchiste appelé BRAND. J’écris également dans des quotidiens des critiques sur divers livres et idées. Je suis en train d’écrire un livre sur la Grèce et sur la crise grecque, mais avant cela, j’ai écrit un livre sur la prostitution et la maternité de substitution.

Je suis à ce festival pour parler de la prostitution et de ce pourquoi je pense que les Hollandaises et Hollandais doivent changer leur politique sur la prostitution parce qu’en ce moment, il est tout à fait légal de tenir un bordel et d’aller y acheter du sexe et ainsi de suite. Parce qu’en tant que féministe, je trouve que la prostitution est contraire aux droits de la personne et que c’est une manifestation non seulement du patriarcat, mais du capitalisme et de l’exploitation des êtres humains.

La plupart des gens pensent que la prostitution est une forme de libération et que les Pays-Bas sont un pays très libéral parce qu’ils ont la prostitution légale et tout ça, mais. Vous pensez ?

Oui, je pense que c’est une opinion très répandue. Et je suis très triste en fait d’entendre des gens de gauche ou des activistes exprimer cette opinion. Je trouve cela extrêmement bizarre compte tenu que ces gens sont généralement opposés à l’inégalité et peuvent sembler très sensibles à d’autres formes d’oppression, mais ne peuvent pas voir ici que la prostitution est au cœur du patriarcat et du capitalisme dans un sens. Mais, pour moi, le problème général est que lorsque vous voyez la prostitution comme libératrice, c’est que vous l’assimilez au sexe. Et vous pensez que la prostitution c’est la liberté sexuelle. Alors qu’en réalité c’est le contraire, vous voyez ?

La façon dont je vois la prostitution c’est que dans le contrat de prostitution – faites abstraction pour un moment du proxénète et du trafiquant ainsi de suite – vous avez deux personnes, n’est-ce pas? Vous en avez une qui veut avoir des rapports sexuels et une qui n’en veut pas. Et comme une n’en veut pas, l’argent entre dans le portrait, parce que la première personne doit payer la seconde personne pour faire l’amour. Si les deux personnes le voulaient, il y n’aurait pas d’argent échangé. Donc, dès ce moment-là, vous avez une inégalité du désir, où une personne veut et une personne ne veut pas. Donc je pense que la prostitution est, pour cette raison, le contraire de la liberté sexuelle, parce qu’il y a là une personne qui ne veut pas y être, vous voyez ? Et je pense qu’en général, il y a réellement quelque chose de tordu chez une personne qui veut être avec quelqu’un que cela n’intéresse pas. Donc je pense que c’est ce qu’il faut changer.

Les hommes qui achètent du sexe constituent le problème de base. Et ce ne sont pas tous les hommes, c’est une minorité d’hommes. En Suède actuellement, c’est environ 1 homme sur 13, alors c’est une très petite minorité. En Allemagne, c’est environ 1 homme sur 4, ce qui est beaucoup plus, à cause de leur légalisation de la prostitution. Mais cela demeure une minorité. Donc je pense que nous devons changer les attitudes des hommes qui font ça.

Et si les femmes achetaient aussi du sexe, bien sûr que ce serait un gros problème, mais les femmes ne font pas cela. Pourquoi ? Je ne peux l’expliquer. Est-ce la culture ? Est-ce l’histoire ? Est-ce la biologie ? Est-ce le pouvoir? Je ne sais pas, mais en général, où qu’on regarde,  les gens qui achètent du sexe sont presque à 100 % des hommes, ce sont eux qui le font. Mais les personnes qui en vendent sont en général – quelque chose comme ça – 90% des femmes et des filles et 10 % des hommes et des transsexuels. Donc vous voyez, c’est vraiment un problème d’hommes en général. Et je pense que les hommes doivent apprendre que le sexe est une affaire de désir réciproque, ce n’est pas quelque chose où celui qui en veut peut prendre ou acheter ou obtenir d’une personne qui n’en veut pas, vous comprenez?

Mais bien sûr, c’est aussi un problème de capitalisme, vous voyez que je veux dire. Actuellement, c’est un marché en grande expansion où vous avez des États qui légalisent la prostitution parce qu’ils veulent percevoir des impôts. Et je pense que si vous regardez l’État néerlandais, c’est effectivement un proxénète. Parce que ce que l’État fait, c’est vendre des femmes étrangères aux touristes masculins. Donc l’État se sert de femmes venues des régions appauvries de la planète, il les amène ici, les accepte pour les vendre aux touristes masculins qui viennent ici, et cela afin de percevoir des impôts. C’est donc exactement ce qu’un proxénète fait, vous savez. Il vit aux crochets de quelqu’un, il vit de la prostitution d’autrui. C’est ce que fait l’État. Donc je pense que c’est quelque chose que le peuple néerlandais devrait souhaiter changer. Et plus ce marché se développe, plus vous aurez de traite. Parce que, vous savez, il y a des gens qui pensent que la traite c’est mal, mais que la prostitution c’est OK. Avez-vous entendu cette opinion ou quelque chose de semblable ?

Mais vous savez, il faut regarder le pourquoi de cette traite. Elle n’arrive pas parce que certains hommes veulent désespérément acheter une femme victime de la traite. Elle arrive parce qu’il existe très peu ou pas assez de femmes qui viennent volontairement à l’industrie du sexe. Alors il faut aller les chercher quelque part. Donc vous allez dans les pays pauvres et vous passez l’aspirateur dans les campagnes pour recruter des jeunes femmes qui, sans le savoir, acceptent de suivre un homme pour un emploi de nettoyage ou de garde d’enfants. Ou peut-être même qu’elles savent que c’est pour de la prostitution, mais elles ne savent pas vraiment ce que c’est. C’est de cette façon que vous allez combler une demande sans cesse croissante pour de nouvelles femmes et filles. Donc, il vous faut accepter le fait que si vous avez une industrie du sexe, si vous la rendez légale, si vous la laissez prendre de l’ampleur, vous aurez nécessairement la traite. Ce sera inévitable, parce que dans un pays riche, il n’y a tout simplement pas assez de femmes pour combler cette demande.

En Suède, on a adopté une loi qui pénalise les acheteurs de sexe parce qu’on juge qu’il s’agit réellement d’un crime. Notre loi a très bien fonctionné. Comme je l’ai dit : avant, il y avait 1 Suédois sur 8 qui payait pour le sexe, et maintenant c’est 1 sur 13. Donc, vous voyez, ça marche: nous avons beaucoup moins de prostitution que d’autres pays. En fait ce qui est arrivé, c’est que les trafiquants – la mafia nigériane en particulier – en est venue à simplement passer par la Suède pour aller en Norvège. Donc ils ont tous fini à Oslo, la capitale de la Norvège, et c’est devenu un gros problème là‑bas. Alors la Norvège s’est dit : « Qu’est-ce qu’on va faire? ». Et maintenant, ils ont aussi adopté la loi suédoise. Donc, à mon avis, cela montre que cette solution fonctionne.

Maintenant, si vous êtes anarchiste, vous pouvez dire que vous êtes contre la loi comme outil pour changer le comportement des gens, et je peux comprendre cet argument. Mais je ne vais pas lutter contre les rares lois à créer un tant soit peu de justice sociale, et celle-là en est une. Vous savez, je pense que si vous voulez adopter un point de vue hostile à toute loi, vous pouvez tenir tout un langage philosophiques et vous pouvez commencer à en discuter. Mais vous n’allez pas mettre l’accent sur des lois comme celle qui interdit de battre vos enfants et de violer quelqu’un, vous savez, de tuer quelqu’un. Et vous n’allez pas dire, nous allons abolir ces lois-là. Non !, ce ne sont pas les premières lois que vous allez abolir. Et je pense que nous vivons aujourd’hui dans une société qui fait appel au droit pour contrôler certaines choses, et je pense que c’est une très bonne chose. Et bien sûr, en tant que collective anarchiste, vous pouvez faire plein d’autres choses pour combattre la prostitution. Vous pouvez diffuser des opinions, vous pouvez sensibiliser les gens que vous connaissez. Vous pouvez faire de l’action directe contre les bordels, contre les clubs de striptease, vous savez, contre toutes ces choses. Et vous pouvez, bien sûr, créer des affiches et tout ça. Surtout, vous pouvez fournir du soutien aux femmes qui veulent quitter la prostitution. Mais si vous regardez l’ensemble du portrait, les anarchistes ne sont pas si nombreux et nombreuses qu’elles peuvent changer la culture de la prostitution dans tout le pays.

Donc je pense qu’à cet égard, la loi suédoise fonctionne très bien, parce que où que vous alliez dans le pays, si vous achetez du sexe et que la police l’apprend – et ils le font souvent – vous allez payer une amende. Donc vous voyez, le mari typique, celui qui a deux enfants et un bon boulot et qui ira voir une prostituée après sa journée de travail, il se fout bien de ce que pensent les anarchistes, mais il se soucie de ce que la loi pense et il ne le fera pas s’il sait qu’il risque d’avoir des ennuis.

Pensez-vous que la prostitution affecte également l’ensemble de la société ?

Absolument. C’est vrai idéologiquement et pratiquement et dans les relations, vous savez. D’abord, vous avez tout ce que provoque la traite des personnes, soit beaucoup de drogue, de mafia et de crime lié aux armes à feu associées avec ce marché. Puis aussi au plan des relations. Parce que je pense que cela fausse les relations, surtout entre les hommes et les femmes, le fait que les hommes trouvent normal de payer pour être avec une femme. Je pense que, généralement, enfin ce n’est pas mon idée d’une bonne relation entre hommes et femmes, le fait de se payer les uns les autres. Je pense qu’on devrait être ensemble parce qu’on s’aime bien, non ?

Mais je pense que la chose la plus importante à comprendre au sujet de la prostitution, c’est que la vie de ces femmes est souvent très ardue et souvent très courte ! Je crois que c’est une étude canadienne qui a montré que les femmes prostituées ont un taux de mortalité de 40% supérieur à celui des autres femmes, qu’elles sont assassinées 18 fois plus souvent que les femmes en dehors de la prostitution. Et les niveaux de violence contre les femmes prostituées sont aussi très élevés. Donc la vie dans la prostitution est très dure et ce n’est un idéal pour personne. Vous pouvez y échapper, avec de la chance, si vous n’y êtes restée que quelques années. Et si vous échappez aux pires violences, peut-être pouvez-vous y échapper et vivre une bonne vie après ça ? Mais il y a beaucoup de gens qui en gardent des séquelles psychologiques.

Vous avez peut-être entendu après mon allocution aujourd’hui, il y a une femme de l’auditoire qui a dit: « Eh bien vous savez, la prostitution est une chose que nous pouvons avoir, et la violence est une autre chose. Et ça, nous n’en voulons pas. » Moi, je ne pense pas que l’on peut séparer ces deux choses. Parce que si vous comprenez les racines de la prostitution et d’où elle vient, elle va nécessairement être associée à de la violence et des choses comme ça. Parce que les acheteurs pensent vraiment : «J’ai payé pour cette femme et je peux lui faire tout ce que je veux ». Alors, il la voit déjà comme quelqu’un qu’il a achetée et qu’il peut frapper ou abuser ou soumettre à tout ce qu’il a envie de faire. Vous comprenez ce que je veux dire? Donc je pense que, si vous abordez la prostitution, l’essentiel n’est pas de discourir d’idéologie, mais de traiter de ce qui se passe en réalité, en pratique, vous savez. Il s’agit vraiment de questions de vie ou de mort.

Et je veux dire, il faut se dire : « OK, est-il VRAIMENT SI IMPORTANT que ces hommes obtiennent nécessairement le droit d’acheter du sexe ? Que l’on doive y sacrifier des vies de femmes ? Que l’on doive y sacrifier des enfants? Que l’on doive gâcher la vie de tant de femmes au nom de ce droit sacré des hommes d’acheter du sexe? ». Il me semble que NON ! On n’empêche personne d’avoir des rapports sexuels. On dit seulement : « Ne les achetez pas! ». Il suffit de ne pas en acheter et beaucoup de détresse va disparaître ! Ils peuvent coucher avec qui ils veulent, mais si l’autre personne le désire. Est-ce vraiment si compliqué? Vous voyez ce que je veux dire? Ce n’est pas si sacrément important que tout le monde doive se précipiter pour protéger le putain de droit de ces hommes à payer pour du sexe, comme si c’était un des dix commandements de Dieu. Je veux dire non!, ce n’est pas ça. Moi, j’ai vécu toute ma vie sans payer pour du sexe et je suis parfaitement heureuse. Et je pense que la plupart d’entre nous avons vécu toute notre vie sans payer pour du sexe et nous sommes OK.

[…]

Vous savez, il y a des gens qui pensent que, OK… les hommes qui achètent du sexe sont handicapés. Ils ne peuvent pas en obtenir autrement. Mais ce n’est pas vrai, ce n’est pas vrai du tout. La plupart des hommes qui paient pour le sexe sont… ils sont déjà mariés. Ils ont une femme à la maison. Ce sont même des hommes qui sont, en moyenne, de beaux gars, vous savez. Alors c’est aussi une question de pouvoir, vous voyez. Ce n’est pas une affaire de pauvres hommes qui ne peuvent trouver personne. Il arrive même encore plus souvent que c’est la prostituée et non l’acheteur qui sera handicapée. Pourquoi ? Parce que si vous êtes une fille handicapée, au plan physique ou mental, ça signifie que votre capacité de dire non et de partir est restreinte. Il va donc être plus facile pour quelqu’un de vous manipuler et de vous entraîner dans la prostitution. […]

Kajsa Ekis Ekman

Que peuvent faire les gens pour y mettre fin?

Oui, eh bien, je pense que vous pouvez le faire d’une foule de manières. Je pense que … aux Pays‑Bas, en Allemagne surtout, il faut abolir le rôle de proxénète de l’État. Il faut lui dire : «Nous ne voulons pas que l’État agisse en proxénète». Il faut dire : « Moi, les impôts prélevés à même la prostitution, je n’en veux pas! ». Après tout, si la population générale tire de l’argent de la prostitution, vous sentez-vous bien ? Moi, je ne me sentirais pas bien en sachant qu’une femme arrivée d’Afrique, d’Amérique latine ou d’ailleurs doit se tenir debout dans une vitrine du Redlight District et coucher avec des masses d’hommes britanniques qui viennent pour fêter le mariage de l’un d’eux ou quelque chose. Je ne serais pas heureuse de savoir que lorsque je vais à l’hôpital, c’est ce commerce qui finance mes traitements. Non, je ne me sentirais pas bien à ce sujet. Donc, je pense qu’il faut certainement qu’il y ait un changement à cet égard. Cette politique doit être changée.

[…]

Il y a deux voies d’entrée à la prostitution – en généralisant beaucoup, je veux dire. Tout d’abord vous avez la raison économique : les femmes qui viennent des pays très pauvres et qui n’ont peut‑être pas d’autre option. Celles qui n’ont peut-être pas de papiers, par exemple, elles peuvent travailler en prostitution comme moyen de survie, vous comprenez? Ensuite, il y a la prostitution que nous connaissons dans les pays riches, qui est celle de filles qui ont été maltraitées par leurs parents, par leur père ou qui ont déjà subi un traumatisme sexuel : elles vont entrer en prostitution non pour l’argent, mais pour gérer leur traumatisme, vous voyez ce que je veux dire ? Elles n’ont pas besoin de l’argent. Il y a même des cas où elles ont pris l’argent, un argent qu’elles détestent. Alors elles le foutent aux chiottes et elles tirent la chasse d’eau. Elles n’en veulent même pas, vous comprenez ? C’est de l’argent sale. Elles détestent cet argent, elles le font pour se faire du mal C’est comme beaucoup de femmes qui se tailladent la peau. C’est de l’autodestruction, vous voyez ?

Mais dans les deux cas, je pense que pour l’homme qui la force, il n’y a aucune excuse pour abuser de quelqu’un qui est soit si pauvre qu’elle n’a pas d’autre option. Alors moi je dis : « Donnez-lui de l’argent quand même, mais ne la baisez pas ! Il est évident qu’elle ne veut pas de vous ! ». Et deuxièmement, si vous utilisez quelqu’un qui a manifestement un traumatisme et aurait besoin d’être en thérapie ou quelque chose comme ça, n’aggravez pas la situation. Quel genre de personne êtes-vous si vous faites cela ? (pause)

Alors, que pouvons-nous faire pour aider ? Je pense que c’est un très gros débat. (pause)

Tout d’abord, je pense qu’il devrait certainement exister des programmes de sortie, des centres, parce qu’il y a beaucoup d’argent qui est gaspillé sur les mauvaises choses. L’Union européenne, comme je le disais dans mon discours, donne beaucoup d’argent chaque année à une organisation appelée TAMPEP, fondée aux Pays-Bas, qui se promène au pays et en Europe de l’Est en donnant des préservatifs aux prostituées. Leurs agents distribuent également des tracts sur comment il est bon que la prostitution soit légalisée, et qu’elle devrait l’être partout en Europe de l’Est et ils sont très actifs dans cette région à tenter d’y faire légaliser la prostitution.

Alors je suis allée les interviewer et je leur ai demandé : « Pourquoi ne dépensez-vous pas une partie de cet argent à aider les filles à sortir de cette situation? ». Parce que la femme qui travaille là m’a dit qu’elle allait parfois dans ces rues. Elle est polonaise, en passant, et elle me dit que beaucoup des femmes sont polonaises et elle dit que c’est très bien parce qu’alors « Je peux leur parler. Et parfois il y a une fille, elle vient, elle a dix-huit ans, elle n’a pas encore eu de premier client… et je lui dis comment enfiler le préservatif. ». Alors, moi je lui ai dit: « Quoi ? C’est ça que ce que tu lui dis? Pourquoi ne lui dis-tu pas ‘As-tu besoin de quelque chose ? Peut-être que tu ne veux pas être cela ? Cherches-tu un logis ou cherches-tu un emploi ? Est-ce que je peux t’aider à quelque chose, tu sais ? Mais ne te contente pas de lui enseigner le préservatif !  » Et cette femme me répond « Non, nous ne les aidons pas à en sortir, pourquoi ferions-nous cela ?». « Nous les aidons à être de bonnes prostituées. » Vous comprenez? Et c’est de l’argent de l’Union européenne qui finance ça! L’UE a beaucoup d’argent et pourquoi fait-elle cela? Parce qu’ils ne veulent pas que le VIH se propage, alors ils vont donner des préservatifs aux prostituées. Ils ne se soucient pas des prostituées, ils se soucient de cela. Mais l’on pourrait donner une partie de cet argent à des programmes où l’on pourrait dire aux femmes : « OK, peut-être que vous êtes en difficulté dans votre vie, OK, nous allons vous aider à retourner aux études, à trouver peut-être un endroit où rester et un emploi », quelque chose comme cela. Il ne s’agit pas de forcer les femmes, vous n’allez pas les amener de force au programme. Vous allez aller dans ces rues et vous allez dire : « Excusez-moi, est-ce que quelqu’un ici aimerait s’inscrire à ce programme? ». Vous savez et on verrait si quelqu’un est intéressé, et je pense que, oui, beaucoup de gens s’y intéresseraient.

Pouvez-vous dire ce qui vous motive à aborder un sujet aussi… ?

Hé hé ! C’est parce que je suis généralement en COLÈRE ! (rit) Non, vous le savez, c’est, bon, différents facteurs. En fait, quand j’ai commencé à écrire ce livre – parce que j’ai écrit un livre sur le sujet – c’était parce que je vivais à Barcelone et je vivais avec une fille qui était dans la prostitution. Et quand on a vu ce que j’ai vu, il n’y a aucun moyen de revenir en arrière, vous comprenez ? Il est impossible de me faire croire que cette chose est OK, de la peindre en rose, OK, parce que j’ai vu ce qui est derrière tout ça, OK, je l’ai vu de mes yeux. Et puis, j’ai d’autres amies qui ont été en prostitution pour différentes raisons. Je connais aussi des hommes qui ont payé pour du sexe et ainsi de suite. Et en général je leur dis : « Vous êtes des abrutis ! Allez vous faire voir ! », OK.

Et puis, pour moi, c’est une question de droits des femmes, d’égalité entre les hommes et les femmes en général. Je n’aime pas un monde où les femmes sont vendues et achetées comme du bétail et les hommes se contentent d’y aller avec insouciance.

Je parlais tantôt de la Thaïlande – j’ai aussi été en Thaïlande – et là, l’industrie du sexe est une affaire énorme : alors les femmes et les filles et les jeunes garçons sont vendus en masses à tous ces touristes masculins. Alors, les hommes en Thaïlande, que font-ils ? Ils achètent eux aussi du sexe ! Eux-mêmes en achètent ! Ainsi, au lieu de prendre la défense des femmes dans leurs pays en disant : « Nous n’acceptons pas que les touristes viennent ici et les achètent comme si elles étaient des animaux, nous disons ‘Non’ à cela », NON, ils paient pour du sexe eux aussi. Dans une très grande proportion des hommes thaïlandais. Alors je trouve que cela démontre une hypocrisie générale de la part de beaucoup d’hommes – je ne dis pas tous les hommes parce qu’il y a beaucoup d’hommes aussi qui seraient prêts à soutenir les droits des femmes –, mais je constate que si un homme arrive dans un pays pauvre et dit : « Je vais prendre les minéraux, je vais prendre le pétrole, je vais prendre les diamants, je vais prendre n’importe quoi d’autre dans le pays », les hommes lui diront « Non, allez-vous-en, espèce de colonialiste! ». Mais s’il veut prendre des femmes, ils lui diront « Oh OK, je vais vous conduire au bordel et je vais y aller moi aussi. ». »

[…]

Cette interview a été réalisée et publiée sur Youtube par la collective néerlandaise spiritofsquatters.

Traduction de Martin Dufresne, avec l’autorisation de Kajsa Ekis Ekman et de spiritofsquatters.

l'etre et la marchandise

Présentation de l’ouvrage de Kajsa Ekis Ekman :

L’être et la marchandise. Prostitution, maternité de substitution et dissociation de soi

 

7 Réponses to “La prostitution, c’est le « droit » des hommes à détruire femmes et enfants contre paiement”

  1. Peuvent-ils souffrir ? 15 octobre 2013 à 09:56 #

    Merci pour cette interview très intéressante qui me conforte encore une fois dans ma position abolitionniste.

    • larche 27 octobre 2013 à 19:11 #

      les pro prostitutions ont un argument en particulier qui me heurte et me degoute : ainsi grace a elles moins de viols, de meutres pour assouvir des pulsions sexuelles pathologiques ? en fait , elles rendent un service à la société en canalisant des détraqués ???? ça c est le role des spychiatres non et de plus il y a eu beaucoup de prostitués tuées, massacrées par des prédateurs sexuels ……Elles n avaient pas bien fait leur job c est ça …….il faut avoir la raison parasitée pour de tels affirmations, la folie de tout expliquer, de tout admettre comme c est facile pour le confort de certains

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