Le féminisme radical et la question trans

30 Juil

Texte très intéressant de Maya Shlayen, militante féministe canadienne, qui résume en quelques mots le féminisme radical et expose les points sur lesquels le féminisme radical et les conceptions de certains activistes trans sont inconciliables.

Martin Dufresne a fait une traduction française de ce texte (Le féminisme radical et la question trans) que je retransmets ci-dessous :

« Maya Shlayen est une militante féministe de la région de Toronto. Elle proposait hier [le 12 juillet] sur sa page FB une définition sommaire de ce qui caractérise le féminisme radical et de son litige actuel avec certains activistes qui disent défendre les droits des trans*. 

Avec son accord, voici la version française de ses propos.

M.D.

Maya Shlayen : Bon, «radfem», c’est l’abréviation de «féminisme radical» ou «féministe radicale». Le mot «radical» renvoie au mot « racine », donc un mouvement ou une solution radicale est quelque chose qui souhaite aller à la racine d’un problème et apporter des changements significatifs à l’ensemble du système (au lieu de simplement essayer de réformer un système cassé). «Radical» ne signifie pas nécessairement «extrémiste» ou «des malades qui font sauter des bâtiments» ou d’autres trucs de ce genre.

Le féminisme radical (appelons-le «FR») a débuté dans les années 1960, à l’origine aux États-Unis, et s’est ensuite propagé partout dans le monde. En voici quelques éléments clé (sans ordre particulier):

1) «Les femmes forment une classe» – c’est l’idée que toutes les femmes qui sont dans un système de domination masculine partagent un noyau commun d’oppression, et que ce bruit de fond que constitue l’oppression est fondamentalement le même, que l’on vive en Suède ou en Afghanistan. Bien sûr, il existe des différences entre les femmes (en raison de la race, la classe économique, la religion, etc.) et certaines femmes vivent des conditions bien pires que d’autres. Mais les femmes sont partout soumises à des taux élevés de viols et d’agressions sexuelles (d’une façon que les hommes/garçons ne vivent presque jamais), elles ont principalement de la valeur en tant que mères et/ou objets sexuels pour les hommes (et non en tant qu’êtres humains ayant leur propre valeur), nous sommes maintenues dans une plus grande pauvreté que les hommes, on nous apprend à occuper moins de place, à faire passer les besoins de tout le monde avant les nôtres, etc. etc.

2) Les FR considèrent que la racine de l’oppression des femmes se trouve dans la violence anti-femmes (appelons-la «VAF») et dans le contrôle masculin de la sexualité/reproduction des femmes. Cela couvre tout ce qui va du viol à la violence conjugale à la traite sexuelle aux mariages forcés à la procréation imposée et bien plus encore. Il y a évidemment d’autres problèmes (comme celui de l’argent – beaucoup de femmes sont très pauvres), mais la VAF joue un rôle essentiel pour nous maintenir dans un état de crainte, un sentiment d’insignifiance, etc. L’on peut permettre aux femmes d’entrer sur le marché du travail et de gagner leur propre argent (comme beaucoup de femmes occidentales l’ont fait au cours des dernières décennies), mais tant que la violence contre nous demeure un problème, nous demeurerons plus intimidées, moins libres, etc.

3) Comme la plupart des «écoles» du féminisme, les FR considèrent les rôles de genre comme tout à fait construits socialement, plutôt que justifiés par la biologie. (Et la science est de notre côté dans ce cas: lisez le livre de Cordelia Fine, Delusions of Gender (Le genre illusoire), si la question vous intéresse). Les FR considèrent que les rôles de genre sont utilisés pour tenter de justifier la suprématie masculine. Pensez à ce qui vous vient à l’esprit au sujet du mot «masculinité» (désactivez votre filtre politiquement correct!) Il s’agira surtout de trucs comme l’agressivité, la puissance, le fait pour l’homme d’être en contrôle, d’obtenir ce qu’il veut. Pensez maintenant à ce que suggère mentalement le mot féminité : la «douceur», la passivité, etc.

4) Les FR croient que l’oppression des femmes est la plus ancienne et la plus profondément enracinée des formes d’oppression existant sur la planète, et que les autres systèmes d’oppression/domination (le capitalisme, l’impérialisme, etc.) sont bâtis à partir de l’oppression des femmes et se nourrissent d’elle. Les hommes, en tant que groupe, dominent les femmes, et certains hommes prolongent cette oppression en opprimant d’autres hommes par les guerres, les systèmes économiques injustes, etc.

5) Les FR prennent pour acquis que les êtres humains sont des êtres sociaux (et non des individus atomisés suspendus dans le vide, comme la représentation que proposent les analyses libérales); elles voient la suprématie masculine comme intégrée aux structures de la société. Cela signifie que pour mettre fin au patriarcat, nous devons attaquer les structures sociales, plutôt que de nous contenter de choix de vie individuels qui nous semblent rebelles.

6) Les objectifs fondamentaux du féminisme radical sont de mettre fin à la violence anti-femmes, d’abolir les rôles de genre et de libérer les femmes des diktats masculins. Les 2 premiers sont clairs; le troisième est plus compliqué, mais il signifie essentiellement que nous voulons que les femmes soient plus libres et autonomes, capables de prendre des décisions et d’influencer la société d’une manière qui fonctionne vraiment pour nous, au lieu de la voir entièrement prédéterminée par les hommes et les institutions qu’ils dominent. Cela signifie surtout la reprise par les femmes du contrôle de notre sexualité et de notre capacité de reproduction, toutes deux actuellement contrôlées par les hommes. »

Son interlocutrice, Krista: Puis-je vous poser une question sur une controverse dont j’ai entendu parler? Pourquoi y a-t-il tant de tension entre le FR et la communauté transgenre, en particulier?

Maya : Il y a présentement (au moins) deux points de désaccord entre les féministes radicales et les «activistes» trans* :

1) Les FR affirment que la biologie est un élément de l’oppression des femmes – ce qui ne veut pas dire que la biologie explique tout, par exemple, mais qu’elle est pertinente: par exemple, lorsque les femmes sont forcées d’avoir des enfants non voulus, quand nous sommes soumises aux mutilations génitales, etc.

Je ne sais pas si tout le mouvement trans prétend cela, mais il y a au moins quelques «activistes» trans* qui prétendent que la biologie est totalement hors de propos ou que nous ne devrions pas parler de la biologie et de la façon dont elle est utilisée pour opprimer les femmes.

Image

2) Les FR affirment, elles, que le genre (le masculin/le féminin) est une construction sociale oppressive et veulent l’abolir; le mouvement trans (ou du moins la partie la plus visible de ce mouvement) affirme que le genre est une caractéristique innée des personnes, qui devrait être célébrée. Un léger conflit, quoi…

Cela n’arrange rien que les deux parties gèrent les désaccords de façon vraiment … stupide, il faut le dire. Il y a quelques FR  fortes en gueule qui s’en prennent agressivement aux trans sur Internet; et certains «activistes» trans* ont envoyé à des FR des menaces de mort, des menaces de viol, les ont agressées physiquement, ont essayé de nous empêcher d’organiser des activités, des conférences, etc.

___________________________

*Je mets le mot «activistes» entre guillemets parce que je ne pense pas que les comportements mentionnés ci-dessus aident en aucune façon réelle les personnes trans.

Originaux sur la page FB de Maya, le 12 juillet: Profil Facebook de Maya Shlayen »

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